Traditions et perspectives théologiques
   
 
 
 


 
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"Les Réseaux des Parvis" n° 63- juillet-août 2014

 
Sommaire des articles du dossier

Le vocable « temps » est ambigu. Il est utilisé couramment pour signifier des concepts différents : moment, durée, chronologie, qui ne disent par ailleurs pas ce qu'il est. Philosophes et scientifiques s'interrogent depuis des siècles sur sa nature : existe-t-il indépendamment de nous ? Le temps des horloges, qui se déroule de façon uniforme, n'est pas le temps psychologique qui, lui, est élastique.

Nous vivons aux niveaux personnel, social et politique le présent dans sa relation au passé proche et à l'avenir également proche auquel il est indéfectiblement lié.

Le temps qui tisse nos vies est aussi la marque que nous portons en nous de l’histoire collective qui nous a précédé. Sauf à être fondamentaliste, il n'est pas possible de parler de Dieu sans interroger les mythes, sans être conscient que la Bible ne s'est pas écrite dans un monde clos et que la plupart des mythes sur laquelle elle repose sont partagés par d'autres cultures et remontent à des époques beaucoup plus anciennes.

Le temps qui intervient dans ces récits est l'idée que s'en faisaient leurs auteurs. Dire que Dieu est hors du temps ou que le Christ reviendra à la fin des temps n'est pas une information révélée sur ce qu'est la nature du temps. L'essentiel de notre foi est lié à l'Incarnation qui signifie que c'est dans le monde que l'on rencontre Dieu.

Les différentes civilisations ou les différentes philosophies ont eu des conceptions du temps différentes ; temps linéaire ou temps circulaire ; préexistant ou non… Sans savoir expliciter la nature propre du temps, la science en utilise une approche mathématisée à partir de laquelle toutes les branches de la physique se sont construites ; elle nous donne aujourd'hui une vision de l'histoire de l'univers et de la place que nous, êtres humains, y occupons. Mais on ne peut oublier que les théories scientifiques émergent du cerveau des hommes dans un contexte socioculturel donné : les concepts ont une histoire.

Ce temps qui tisse nos vies (Lucienne Gouguenheim)
Deux façons de penser le temps, l’une fondée sur l'éternité et l’autre sur l'histoire sont deux composantes contradictoires mais inséparables de notre effort pour comprendre le monde. Nous ne pouvons pas expliquer ce qui change sans le ramener au permanent.

Multiples durées et moments uniques (Réjane Harmand et Françoise Gaudeul)
Le temps qui passe très vite ou qui n’en finit pas de passer ; celui qui nous manque ou que nous ne prenons pas pour vivre. Mais aussi l’instant unique, celui qui est là, décisif : « le temps venu de… ».

Le temps du politique (Anthony Favier)
L’exigence de résultat n’amène-t-elle pas à surévaluer la temporalité courte ? Comment inclure le temps long dans nos projets politiques, sans attenter à l’idéal démocratique de perfectibilité de la société et d’amélioration de nos existences ?

Mirages et écueils de l’immédiateté (Georges Heichelbech)
Le temps est l’horizon à travers lequel nous faisons l’expérience du monde, mais la modernitésemble désormais compromettreles conditions de cette rencontre.Au-delà de l’emballement de l’innovationtechnique, c’est l’accélérationdu réel lui-même qui est en jeu.

Le temps c’est de l’argent (Lucette Bottinelli)
De plus en plus d’acteurs, partout dans le monde, s’engagent dans une course onéreuse pour gagner quelques microsecondes surune transaction financière. Bien sûr, pour gagner de l’argent. Mais avec quelle utilité pour l’économie réelle ?

Un perpétuel besoin de fêtes (Jean-Paul Blatz)
La communion festive répond à des besoins humains fondamentaux : exorciser les peurs et oublier les préoccupations quotidiennes. Elle échappe aujourd’hui au contrôle et à la régulation religieuse et continue à contribuer à la socialisation.

Le temps biblique à l’épreuve de la science et de la sécularisation (Jean-Paul Blatz)
Que reste-t-il aujourd’hui de l’irruption du Dieu transcendant dans le temps, rejetée par la science, confinée à la sphère privée par la laïcisation et de plus en plus ignorée par une société marquée par la sécularisation et même l’exculturation du christianisme ?

Conception du temps - Diversité et complexité (Jean-Pierre Schmitz)
La diversité de la conception du temps est un marqueur de civilisation, même si la mondialisation tend à l’estomper. Temps linéaire en Occident, temps cyclique en Orient induisent des comportements différents et contribuent à la complexité des relations

Temps de l’histoire et temps du mythe (Jean-Bernard Jolly)
Ne pouvant arrêter le temps, les hommes structurent le vécu en une histoire qui s’inscrit dans la permanence. Endeçà du début des histoires particulières, le temps des origines qui est le début de toutes les histoires échappe à la mémoire. Le caractère mythique de ces récits des origines leur donne une dimension de sens.

Temporalité de la Parole de Dieu (Jean-Marie Kohler)
Le Dieu des traditions juive et chrétienne s’est radicalement impliqué dans l’histoire de l’humanité. Le mystère de son incarnation dans le Christ ne s’éclaire pour nous, par delà les dogmes atemporels qui sont censés en rendre compte, qu’à travers le vécu des hommes.

La nature énigmatique du temps et son approche par la physique (Christian Larcher)
Qu’est-ce que le temps ? Nous construisons des horloges. Mais est-ce bien le temps que l’on mesure ?Le temps est-il son propre moteur, fabriquant des instants toujours neufs, évoluant comme une plante qui pousse ?Ou bien ne ferait-il que parcourir un chemin déjà initialement tracé de toute éternité ?

Lucette Bottinelli et Lucienne Gouguenheim



--> n° 63 - 2 articles en libre accès :

1. Ce temps qui tisse nos vies

2. Méditation

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"Les Réseaux des Parvis" n° 62- mai-juin 2014

 
Sommaire des articles du dossier

Jeunes nous rêvions de changer le monde. Nous espérions que les progrès des sciences liés à une plus juste répartition des richesses de la terre et au respect universel des droits de l'homme apporteraient à l'humanité une période de félicité inconnue jusqu'alors. Aujourd'hui, quel héritage laissons-nous aux générations montantes ? Les jeunes ont raison de nous critiquer de n'avoir pas fait du travail un droit, d'abandonner l'économie à la finance internationale, d'épuiser les richesses de la terre par leur exploitation incontrôlée.

Leur avons-nous au moins laissé les moyens de relever les défis auxquels ils seront confrontés ? L'époque actuelle dispose de prodigieux moyens de communication entre les personnes. Aidons-les à s’en servir pour humaniser la planète. Les sciences humaines contribuent activement à l'épanouissement des personnes. Faisons de nos écoles des lieux de créativité.

Que faut-il encore aux jeunes pour vivre heureux et pour rendre le monde plus fraternel ? Peut-être que nous soyons à l'écoute de leurs aspirations et de leurs doutes. Que nous les accueillions avec leurs fragilités et leurs souffrances. Qu'à notre contact, ils trouvent confiance en eux-mêmes et que s'éveille en eux l'espérance dans un avenir qui leur laissera le temps d'aimer et d'être aimés. Du bonheur pour ceux qui donnent et ceux qui reçoivent, des plus anciens aux plus jeunes.

L'essentiel est reçu, mais tout est à réinventer (Jean-Marie-Kohler)
Face à la dislocation des structures sociales et des solidarités traditionnelles par une globalisation ultralibérale deshumanisante, il est nécessaire de repenser le devenir des jeunes en se référant aux valeurs humaines universelles. Celles-ci sont à réinterpréter en fonction des réalités contemporaines largement inédites.

Que vivent les jeunes en France ? (Anthony Favier)
Pour les anciens, les jeunes n'ont pas toujours bonne presse. En fait, dans nos sociétés du changement, les aînés connaissent-ils réellement les jeunes ? Ceux-ci furent nombreux à répondre à des questions que leur posait France 2 sur leur identité, leurs désirs, leurs préoccupations... Ecoutons-les. Nous révéler leurs codes et leurs goûts. Nous dévoiler leurs aspirations au bonheur et leur besoin de reconnaissance. Nous confier leurs craintes de l'avenir.

Un choix lucide et audacieux (Lucienne Gouguenheim)
Les responsables politiques ont choisi de sauver les banques, quitte à endetter lourdement les Etats et à limiter l'accès aux biens communs tels que l'argent et le travail. Pour les jeunes, la sortie de cette crise passe par la transition écologique qui exige une restructuration économique accompagnée de créativité sociale et politique.

Jeunesse en mouvement (Jean-Bernard Jolly)
L'expérience apprend rapidement aux jeunes que la débrouille individuelle n'est pas efficace dans la durée et que l'union fait la force. Les jeunes désirent prendre en charge leur devenir propre et celui de leur environnement acquérant ainsi des compétences et le sens des responsabilités si possible sous l'œil critique d'adultes.

La jeunesse étudiante chrétienne (JEC), un mouvement de jeunes pour les jeunes et par les jeunes (Jean-Paul Blatz)
"Voir, Juger, Agir" : les méthodes de la JEC ont formé plusieurs générations de femmes et d'hommes aujourd'hui en responsabilité dans la vie politique sociale et économique. Le mouvement s'est engagé pour la justice et la paix. Il a traversé les crises de la société et a toujours su évoluer et s'adapter aux changements.

Le cadeau de Taizé aux jeunes (Jean-Paul Blatz)
Rapprocher les jeunes : tel fut et reste l'objectif des frères de Taizé. Rapprocher d'abord les jeunes de confessions différentes. Rapprocher ensuite les jeunes de toutes les régions européennes. En faisant d'eux les acteurs responsables d'une Europe des libertés, de la démocratie, des droits humains et de la solidarité.

Des ponts jetés entre les âges pour un meilleur "vivre ensemble" (Françoise Gaudeul)
Des liens se tissent entre aînés et jeunes. Discrètement, mais pour le plus grand bien des uns et des autres. Nous en sommes tous témoins dans la vie quotidienne. Confidences échangées, petits services rendus, solitude brisée...

Engagements dans le social et la politique, quoi et comment ? (Jean-Pierre Schmitz)
Beaucoup de jeunes souhaitent s'investir au service de la collectivité. Certains feront un métier de cet engagement. D'autres souhaitent un service civique obligatoire pour garçons et filles. D'autres encore sont prêts à prendre des responsabilités politiques en vue du bien commun.

Génération indignée (Jean-Paul Blatz)
Les jeunes sont sensibles aux injustices, à la violence, à la haine. Et ils s'en indignent en mouvements aussi spontanés qu'éphémères. Quel est leur poids face aux gouvernants ? En démocratie, ne faudrait-il pas privilégier les engagements à long terme, dans des organismes dont le rôle est de réguler les relations entre tous les acteurs de la vie publique, politique et économique ?

La formation et la transmission des valeurs, en panne ou en pleine mutation ? (Georges Heichelbech)
L'école républicaine a pour ambition de donner à tous les jeunes la même éducation et les mêmes chances de réussite dans la société. De nos jours on reproche souvent au système éducatif de ne pas préparer tous les jeunes au marché du travail. Comment l'école peut-elle faire face aux défis futurs de la formation et de la transmission des valeurs ?

Jean-Paul Blatz



--> n° 62 - 2 articles en libre accès :

1. Que vivent les jeunes en France ?

2. Méditation

"Les Réseaux des Parvis" n° 61- mars-avril 2014

 
Sommaire des articles du dossier

Après une partie narrative décrivant les peines et les joies vécues au long de quatre itinéraires à travers la solitude, celle-ci fait l’objet d’une série d’analyses en rapport avec l’évolution des structures sociales et des modes de communication, et la troisième partie du dossier propose des développements portant sur les dimensions spirituelles de la solitude.

Seul, avec la terre et le ciel en partage (Jean-Marie Kohler)
La douloureuse béatitude d’un exclu : humble parmi les humbles, il avait pour premiers compagnons la terre, les arbres, les animaux, et des enfants. Laissé de côté par la société, il se savait habité par une force qui le gardait disponible à autrui et heureux en dépit de tout. Parce que unique et libre, l’homme vit seul de sa naissance à sa mort, mais il ne devient homme et ne peut le rester que grâce aux autres qui peuplent sa solitude et la transforment en communion.

Chantal et Antoine, solitude à l’hôpital psychiatrique (Philippe)
Dans ce lieu largement stigmatisé, Philippe nous raconte deux parcours étonnants ; celui de Chantal qui sait que son amour viendra la chercher et qui attend ce moment depuis trente ans sans se soucier d’autre chose, et celui d’Antoine qui déborde de manifestations d’affection dans l’espoir de quelques rayons de soleil en retour.

L’appel de la solitude (Daniel Duigou)
Inspiré dès son jeune âge par la lecture de Charles de Foucauld, Daniel Duigou -psychanalyste, journaliste et prêtre - a quitté la ville pour un ermitage perdu au Maroc. Ce n’est pas pour mourir qu’il a "quitté", mais pour se réaliser dans son existence d’homme. Chacun de nous est appelé à réinterpréter sa vie selon une coupure qui sépare et donne naissance. Quelles sont nos difficultés pour vivre la séparation et gagner notre autonomie ?

La solitude en France aujourd’hui (Lucienne Gouguenheim)
Une récente enquête de la Fondation de France a révélé que 5 millions de personnes sont actuellement touchées par la solitude (peu ou pas de relations sociales dans les divers réseaux habituels de sociabilité), ce qui représente 2 millions de plus qu’en 2010. Analyse des principaux facteurs de la solitude, des lieux où elle progresse, des solutions pour en sortir - avec en exemple Les jardins partagés et La réhabilitation de logements par les habitants eux-mêmes.

Seul dans la foule et dans la ville (Georges Heichelbech)
Une des principales mutations en cours réside dans le passage de la société communautaire traditionnelle à une société individualiste urbaine, où l’individu échappe à la pression du groupe. La solitude n’est pas simplement le fait de vivre seul, mais plutôt le sentiment de ne pas être reconnu, de ne compter pour personne, d’être rejeté par les autres. Comment créer de la mixité et du lien social dans les banlieues et les cités dortoirs ? Question de moyens, mais aussi de volonté.

La solitude à l’époque des nouvelles technologies de l’information (Anthony Favier)
La « révolution » numérique change la communication dans nos sociétés, mais elle ne parvient pas toujours à remédier à la solitude. Il ne suffit pas de se rassurer par le contact avec un grand nombre de personnes soigneusement tenues à distance ! Ces relations s’avèrent souvent inconsistantes. La solitude numérique nous renvoie à nos propres lignes de fractures sociales et nous rappelle que la justice et la dignité vont au delà de la satisfaction des besoins matériels. Comment passer du repli à l’ouverture sur la sociabilité numérique ?

Solitude au soir de la vie (Réjane Harmand)
Vers la fin de leur vie, beaucoup éprouvent le besoin de reconsidérer ce qu’a été leur existence, les étapes parcourues et les changements intervenus, afin de se centrer sur l'essentiel. Que de certitudes abandonnées pour de nouveaux horizons ! Donner un sens à ma vie, donner un sens à ma mort… Bien que prévisible, le départ de ceux que l’on aime représente toujours un bouleversement, une souffrance qui peut nous isoler, mais qui peut aussi nous ouvrir et nous aider à avancer.

Bienheureuse solitude... (Françoise Gaudeul)
La solitude semble être la cause de tous les malheurs pour les uns, tandis qu’elle représente le seul remède à la douleur de vivre pour les autres. Dans certaines traditions, elle est le passage obligé vers la communication universelle. Elle s'apprend, elle est conquête personnelle pour une rencontre avec soi-même, avec l'autre, avec un être transcendant, avec Dieu…

La solitude : malédiction ou vertu ? (Jean-Paul Blatz)
Les théologiens juifs et chrétiens ont cherché à donner sens à la solitude, à y remédier ou à en faire une vertu. De la solitude de l’homme dans le Premier Testament à celle que Jésus a lui-même recherchée ou subie, puis à la solitude de ses disciples invités à vivre dans la fraternité, nous sommes amenés à trouver Dieu dans la communauté, et Il nous conduira vers la solitude !

La solitude dans d’autres cultures et religions (Jean-Pierre Schmitz)
Le besoin de solitude est évoqué dans de multiples textes religieux et philosophiques partout dans le monde. L’isolement et la solitude sont deux choses différentes. En Extrême-Orient, la densité des foules semble exclure la solitude. Mais Bouddha a enseigné que la véritable solitude est intérieure, et Lao Tseu a dit que l’homme sage a besoin d’être seul pour embrasser sa solitude et réaliser son unicité avec tout ce qui est.

L’être humain, pèlerin solitaire (Jean-Bernard Jolly)
« Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu je retournerai à la terre. » Évocation du dénuement et de l’isolement de l’homme, de sa naissance à sa mort, dans le livre de Job. Chaque pèlerin solitaire mène sa vie dans le rapport aux autres. Rapport original vécu entre la conscience de l'individu et la contrainte du groupe. Il revient à chaque être humain de faire pour lui-même le choix de sa vie, sans se laisser aliéner par les conditionnements sociaux et les rites.

Françoise Gaudeul



--> n° 61 - 2 articles en libre accès :

1. Bienheureuse solitude

2. Méditation
 

"Les Réseaux des Parvis" n° 60- novembre 2013

 
Sommaire des articles du dossier

Le numéro précédent posait la question : humaniser le monde est-il un projet accessible, tant sont puissantes les forces de domination, d'aliénation et de destruction qui y sont à l’œuvre ? Il interrogeait la capacités des religions – et plus largement des diverses formes de spiritualités - qui sont porteuses, au-delà de leurs particularismes, d’une même foi en la vie et en l'être humain à concourir à cette humanisation. Ce dossier s’inscrit dans la continuité ; il traite de la démocratie en tant que régime politique organisant notre vivre ensemble : la façon dont s’exerce le pouvoir contribue en effet à rendre le monde plus ou moins humain.

Démocratie : entre aspiration et épuisement (Lucette Bottinelli et Lucienne Gouguenheim). De façon apparemment contradictoire nous assistons d’un côté à des processus révolutionnaires dans le monde arabe qui chassent des régimes dictatoriaux et témoignent d’une aspiration à la démocratie – sans avoir jusqu’ici réussi à en jeter les bases – et de l’autre côté à un réel essoufflement des régimes qualifiés de démocraties, par la perte de confiance des administrés dans leurs dirigeants. Le recours au processus électoral ne permet à lui seul ni d’instaurer ni de faire fonctionner une démocratie.

De la source athénienne à la démocratie universelle (Jean-Bernard Jolly). L'origine de la démocratie est athénienne : étymologiquement, la démocratie est « le pouvoir au peuple ». Dans la démocratie grecque, l’ensemble des citoyens d’une cité (les athéniens) décide des lois et réglemente la façon dont le pouvoir politique est exercé. Mais l'empire athénien s'est construit en « convertissant » à la démocratie les cités alliées. L'établissement de la démocratie par la force, alors qu'elle est pensée comme le gouvernement du peuple, est un précédent dont les conséquences pèsent encore sur une démocratie devenue idéal universel.

Idéaux démocratiques et dérives impérialistes (Jean-Marie Kohler). Il ne saurait y avoir de véritable démocratie lorsque le bien commun qui unit les hommes est foulé aux pieds au profit d’intérêts particuliers, lorsque les pratiques d’une nation, en son sein ou à l’extérieur, sont en contradiction avec les idéaux qu’elle proclame. Les trois exemples de la Françafrique, de l’ultranationalisme israélien et de l’hégémonie américaine illustrent cette ambiguïté.

Des citoyens lanceurs d’alertes, guetteurs d’apocalypses ? (Françoise Gaudeul). Des hommes bravent tous les risques pour privilégier l’intérêt général à l’exclusion de tout intérêt personnel. Ce sont les lanceurs d’alertes, les grands désobéissants de notre époque, qui révèlent dérives ou abus de pouvoir.

Formation, médias et démocratie (Georges Heichelbech). Quel que soit le système éducatif, est-il possible de donner la même chance à tous les individus, quelle que soit leur origine sociale ? Les médias tout en étant fondamentaux pour la démocratie sont-ils toujours une chance ou sont-ils parfois un obstacle pour elle ? Jouent-ils toujours un rôle d’information et non parfois un rôle de désinformation ?

La démocratie cognitive et la réforme de la pensée (Edgar Morin). On dit que les réseaux et l’intégration numérique nous ont fait entrer dans « l’économie et la société de l’information ». Que les savoirs deviennent une sorte de matière première qui circule et s’échange dans le monde entier. Edgar Morin expose la difficulté qu’il y a en fait à atteindre ce à quoi vise la « démocratie cognitive » : la capacité de chacun et de la collectivité à faire des choix d’avenir et orienter son destin.

Démocratie en Europe (Lucienne Gouguenheim). L’idée d’une solidarité entre des peuples européens libres, égaux et épris de démocratie, qui empêcherait l’émergence de nouveaux affrontements dévastateurs, a constitué un idéal très fort à la sortie de la seconde guerre mondiale. En sont issus le Conseil de l’Europe, qui veille à l’application de la Convention européenne des droits de l’homme, et l’Union européenne qui suscite aujourd’hui un rejet croissant et apparaît comme un véritable cas d’école de dysfonctionnement de la démocratie.

L’Eglise catholique au défi de la démocratie (Jean-Paul Blatz). La réforme de notre Eglise, voire sa reconstruction, ne peut émaner que de sa base, c'est-à-dire du peuple (de Dieu), des femmes et des hommes égaux (comme filles et fils de Dieu par le baptême et sa confirmation dans l'Esprit). Cette démocratie, instituée par le baptême, doit se vivre concrètement dans toutes les structures nécessaires au bon fonctionnement de l'Eglise.

Un enjeu politique : nouer des relations fécondes entre Démocratie et Spiritualité (Jean-Baptiste de Foucauld). Les démocraties, pour s’accomplir pleinement, ont besoin d’une sorte d’énergie spirituelle interne. Les religions et les spiritualités doivent, symétriquement, opérer une révolution copernicienne d’acceptation et même de valorisation des démocraties. Les terrains d’exercices pour réussir cette rencontre existent.
Lucienne Gouguenheim



--> N° 60 - 2 articles en libre accès :

1. Démocratie : entre aspiration et épuisement

2. Méditation

"Les Réseaux des Parvis" hors série n° 30- novembre 2013


Évangile et société
Hors-série n°30 de « Réseaux des Parvis »


I- Ouverture

- Évangile et société (Jacques Gaillot). On peut constater que le message évangélique s'est échappé des Églises. Il est accessible à tous sans intermédiaires, d'une façon qui nous échappe. N'est-il pas une semence d'humanité dans le monde moderne ?
Article Évangile et Société de Jacques Gaillot


II- Les défis
- Écologie et spiritualité (Leonardo Boff). Nous ne devons jamais oublier cette vérité : nous sommes la Terre. Nous avons le même destin que la Terre. Mais nous avons reçu de Dieu une mission : soigner et garder le jardin d’Eden, la Terre. C’est une dimension éthique que nous sommes seuls à posséder.

- Le cri de Montesinos, hier et aujourd’hui (Victor Codina). Le sermon de Montesinos, prononcé en 1511 par le Frère Antonio de Montesinos, examine à la lumière de l’évangile l’inhumaine oppression dont souffrent les Indiens, et la dénonce publiquement devant les conquistadors et les notables espagnols.
Aujourd’hui, depuis l’Amérique latine arrive toujours jusqu’au ciel la clameur de tous ceux qui demandent une vie digne d’êtres humains.

- De nouveaux défis pour la théologie de la libération (François Houtard)
L’ensemble des crises actuelles a une origine commune : la logique qui fait du taux de profit l’axe de l’économie, dans l’ignorance des dommages écologiques et sociaux qui n’entrent pas dans le calcul du capital. La théologie de la libération contribue à préciser l’éthique collective et individuelle, comme base de l’engagement et de la spiritualité de nombreux acteurs sociaux, au-delà des frontières religieuses.

- Pauvreté évangélique et justice sociale (Jean-Marie. Kohler). La pauvreté sans la vertu de pauvreté n’est que malheur, et la vertu de pauvreté sans le combat contre l’injustice subie par les pauvres n’est qu’illusion. La difficulté est de trouver l’étroit sentier de crête qui permet d’avancer en conciliant détachement du monde et engagement au service des hommes, attitudes qui peuvent sembler contradictoires et qui ont souvent été manipulées à des fins opposées, mais que l’amour parvient à unir.

- L’espérance chrétienne (Chico Whitaker). Que devient « la fragile petite fille espérance », si chère à Péguy ? Il semble qu’elle marche main dans la main avec l’utopie, qui est ce qui nous fait continuer à avancer. En dépit de tous les maux, beaucoup de personnes dans le monde construisent des alternatives de paix, de coopération, de respect, d’amour, dans leur vie personnelle ou en association avec d’autres.

III- Engagements collectifs
- Une foi vécue dans le concret de la vie
(Équipe de chrétiens en classe ouvrière à Caen). Dans les combats pour nous libérer des puissances dominantes que sont les pouvoirs financiers et politiques, nous participons avec beaucoup d'autres à faire un monde plus humain, plus juste, plus solidaire, plus fraternel. Nous y trouvons une résonance avec le message central de Jésus qu'est le Royaume, déjà là et encore à construire. Il donne le sens à notre engagement à la suite de Jésus..

- Vivre l’Évangile aujourd’hui (Chrétiens Aujourd’hui Orléans). Vivre l’Évangile, aujourd’hui, c’est peut-être rejoindre des groupes, des associations, des organisations qui œuvrent pour la recherche de plus d’humanité dans notre société. Parmi les témoignages présentés, celui de Mélanie et Thomas qui, au sein de l’association « Welcome », participent à l'accueil et l'hébergement de personnes étrangères en attente de papiers.

- Comment l’engagement pour la justice et la lecture de l’Évangile se fécondent-ils mutuellement ? (Gui Lauraire-NSAE). Lire l'Évangile en sachant d'où on le lit, d'où on l'interroge, et pourquoi. Dans la perspective d'une lecture militante, on le lit dans un contexte d'expériences populaires, de pratiques de libération, de quête de justice; mais sans oublier que d'autres la lisent avec de tout autres perspectives. Le débat d'idées n'est pas pertinent en ce domaine. Le vrai débat est à porter sur le terrain de la pratique.

- Des familles ROMS à Saint Étienne (Croyants en liberté-St Etienne). Nous avons bien conscience que le problème est complexe. Mais nous prenons la défense des familles Roms parce que sont des personnes humaines dont les droits fondamentaux sont bafoués Et pour nous, disciples de Jésus, l’évangile nous indique avec clarté et force que l’accueil de l’étranger n’est pas une simple option que l’on pourrait accepter ou refuser.

- Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur (Partenia 2000). Pour la coalition Publiez ce que vous payez un pas historique a été franchi par la loi qui impose aux entreprises du secteur extractif de publier l’ensemble de leurs paiements aux gouvernements des pays dans lesquels elles opèrent. Pour aller rencontrer des représentants de Total, il faut savoir de quoi l’on parle. Nous pouvons être fiers aujourd’hui de soutenir « ces hommes et ces femmes de la lumière, qui sont aussi habiles que les gens de ce monde » ( Luc 16, 8).

- Action vis-à-vis des paradis fiscaux (J.F. Tronchon - Evreux 13). Plus de 125 milliards d’Euros manquent au développement des pays du Sud chaque année du fait de l’argent placé dans les paradis fiscaux. Nous dénonçons ce scandale. Notre exigence et notre utopie sont de porter en l’amplifiant une volonté de promouvoir des pratiques et des comportements qui évoluent clairement dans le sens de l’éthique, de la justice sociale et de l’efficacité économique.


IV- Témoignages personnels
- Les pauvres m’ont évangélisé
(Gérard Warenghem). Les « pauvres » m’ont fait comprendre l’évangile, à commencer par cette phrase du Christ : « Je te remercie, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux savants, et de l’avoir révélé aux petits... » (Luc 10,21).

- Jésus vient à notre rencontre sur nos chemins humains (Colette G.). Ce chemin sur lequel, dans des engagements divers, j’ai fait tant de rencontres humaines profondes. Ce sont ces rencontres de personne à personne que Jésus vit à chaque page de l’Évangile. Aujourd’hui ce sont celles-ci que j’essaie de privilégier au jour le jour.

- Comment je vis ma référence à l’Évangile
(Yves Grelet). Avec mon épouse, nous avons progressivement découvert - par notre histoire et par la réflexion - que la bonne volonté ou la patience ne suffisent pas à faire un monde juste. Nous avons découvert, par nos fréquentations, nos lectures et nos engagements, la perversité des multiples conditionnements – y compris religieux.


IV- Vers l’avenir
- Le périple des religieuses depuis Vatican II (Nancy Sylvester). En avril dernier, le Vatican a décidé une réforme complète de la Conférence de direction des religieuses, organisme qui rassemble plus de 80% des sœurs vivant aux Etats-Unis. Ce conflit est exemplaire : elles ont des positions de femmes, qui les placent en but à l’autoritarisme de Rome et d’hommes, elles se positionnent à partir de leurs engagements de vie et non d’idéologies.

- Pour un christianisme évangélique repensé en profondeur (Jacques Musset). Pour redonner sens à l’héritage évangélique, partir non d’un discours sur Dieu mais d’une réflexion sur l’expérience humaine dans toutes ses dimensions, non plus des titres divins attribués à Jésus, mais de son message et sa pratique. Se demander ce qui n’est plus crédible tel quel et ce qui, reformulé, stimule, confirme, élargit l’attente et l’expérience spirituelle de tous ceux qui s’efforcent de s’approfondir humainement.

Ce numéro a été réalisé par le Groupe Évangile et Société – Parvis et coordonné par Lucienne Gouguenheim, Annie Grazon, Colette G. et Jacqueline Kraepiel. La photo en couverture évoque l’engagement patient et obstiné des cercles de silence qui, partout en France, chaque mois, depuis plus de 4 ans, réaffirment leur refus de l’enfermement des sans-papiers dans les centres de rétention.


Commandez le !
pour 8,85€ (frais de port inclus) à l’ordre de « Temps Présent Parvis » à : Temps Présent Parvis, 68 rue de Babylone, 75007 Paris.


"Les Réseaux des Parvis" n° 59 - septembre 2013


Sommaire des articles du dossier

Humaniser le monde peut sembler un projet inaccessible, tant sont puissantes les forces de domination, d'aliénation et de destruction, mais la foi peut renverser des montagnes et c'est elle que ce dossier interroge. Foi en la vie et en l'être humain dont, au-delà de leurs particularismes, les religions sont porteuses par les intuitions qui les fondent, et que partagent les spiritualités agnostiques ou athées. L'interdépendance devant les dangers appelle en retour une capacité de résistance et d'invention solidaires.

Une « bonne nouvelle » pour tous les hommes - Du particulier vers l’universel sans rien renier (Jean-Marie Kohler). L’inspiration fondatrice de la primauté de l’amour qui est à la source de toutes les spiritualités et de tous les humanismes peut transcender la diversité des doctrines. Le temps est venu de l’entendre à neuf, comme bonne nouvelle pour tous les hommes dans l’environnement contemporain tel qu’il est. L’humanisation du monde repose sur une foi commune en la vie et en l’homme dont nulle religion ne peut embrasser le mystère mais qui n’en exclut aucune. Une foi qui, tout en étant toujours particulière, vibre au diapason de tout ce qui est humain et divin dans le monde.

Le monde de demain, s’il ne s’est pas autodétruit, sera tout autre (Françoise Gaudeul et Lucienne Gouguenheim). Tout est là pour prédire une issue catastrophique à l’immensité des périls actuels… Quel sursaut pourrait nous en sauver ? La multitude d'initiatives créatrices locales est le vivier du futur, mais il leur manque de se conjuguer pour être capables d’imposer « un autre monde ». Un exemple de projet fédérateur est la mise en forme d'une transition écologique, fondé sur les économies d’énergie, que propose Gaël Giraud ; il nécessiterait pour se réaliser une modification profonde du mode de fonctionnement de l’Union européenne, fondée non plus sur le dogme de la compétition et du libre-échange, mais sur la solidarité.

Rencontre avec une lectrice (Bernadette Santiano). Un exemple des échanges suscités par la lecture de la revue, au sein d'un groupe constitué autour d'elle, et des témoignages que celle-ci suscite. Economies d'énergie, mariage et amour, vivre ensemble : « humaniser le monde commence par apprendre à se tolérer, à s’écouter et à prendre ensemble les décisions dans l’intérêt de tous ».

La théologie de la libération : un paradigme universel de civilisation ? (Jean-Paul Blatz). Alors que le non-respect des droits humains et la misère matérielle poussent des foules de personnes à manifester contre les injustices sociales et l'absence de démocratie, la théologie de la libération ne pourrait-elle pas, comme l'Evangile lui-même, mais sous des formes nouvelles, être proposée à toutes les femmes et tous les hommes qui aspirent à la justice et à la paix, au-delà de leurs religions ou croyances ?

La Fondation pour une éthique planétaire (Anthony Favier). La Fondation Hans Küng part de l’idée qu’il existe déjà parmi les religions un consensus minimal sur des valeurs contraignantes, des normes irrévocables et des attitudes morales essentielles, capables de fonder une éthique planétaire. Quatre principes la structurent : l’engagement en faveur de la culture de la non-violence : l’élaboration d’une économie juste où la répartition des richesses doit être questionnée alors que la pauvreté est patente ; la culture de tolérance ; l’égalité et le partenariat homme femme.

Foi, religion, chemins d’humanisation (Georges Heichelberg). Confrontée aux valeurs et aux attitudes contemporaines, la proposition chrétienne ne peut revendiquer ni privilège ni dispense sauf à se vouer elle-même au musée des idées mortes. Pour le christianisme, l’attitude religieuse, le ritualisme devraient être seconds par rapport à son souci d’humanité.

Perspectives d’un renouveau spirituel à l’ère de la mondialisation (Jean-Baptiste de Foucauld). Mises en concurrence par la mondialisation, les religions vont-elles devenir l’une des drogues du marché ? Il est temps pour elles de reconnaître les doubles dimensions – que chacune possède, de manière plus ou moins apparente – des voies d’accès au divin : immanence ou transcendance, par relation directe ou par la médiation d’une institution, d’un livre ou d’un culte, par la contemplation ou dans l’action. Si l’on dépasse ces clivages dans une compréhension commune, le caractère lumineux des religions vécues l’emportera sur leur face obscure et violente et elles pourront devenir factrices de paix et non de conflit et apporter aux démocraties, tout en les respectant, la dimension verticale qui leur manque.

La spiritualisation et l’humanisation de l’Homme sans l’aide des religions (Michel May). Les recherches actuelles en milieu musulman, menées sous l’impulsion de la « Nahda » – la Renaissance arabe – portent un souffle religieux visant essentiellement la fraternité humaine (Kalil Gibran), ou la prévision de la fin de la prise en charge de la vie spirituelle des êtres humains par la religion (Abdennour Bidar) ; la modernité serait le moment où Dieu se retire, parce que l’Homme est devenu capable de se guider tout seul dans le monde (Mohamed Iqbal).

À partir d'un patrimoine spirituel fragmenté, construire la « maison commune » de l'humanité ? (Jean-Bernard Jolly). L'aliénation de l’homme contemporain, réduit à des besoins formatés dans la société marchande, touche la reconnaissance même de sa réalité proprement humaine. La foi dans le devenir de l'homme, à travers la promotion de ses droits et de ses aspirations face à l’amour et à la mort, est partagée par toutes sortes de spiritualités, y compris athées ou agnostiques. Ces différents efforts vont dans le sens d’une tâche commune dont un élément déterminant est l’apprentissage du vivre ensemble. Ils cherchent à construire la « maison commune » de l’humanité, consciente de son interdépendance et des risques mortels qu’elle court aujourd’hui à rester divisée.

Lucienne Gouguenheim


--> Article extrait du dossier intitulé À partir d'un patrimoine spirituel fragmenté, construire la « maison commune » de l'humanité ?

--> Pour mieux répondre à vos attentes, Parvis deviendra bimestriel en 2014.

"Les Réseaux des Parvis" n° 58 - juin 2013


Sommaire des articles du dossier

Il y a peu de temps encore, l'immigration était à la une des médias. On parlait d'hommes et de femmes qu'on qualifiait d'immigrés, d'étrangers... Une attention intéressée. Nous étions alors en campagne électorale. D'aucuns voulaient renvoyer ces envahisseurs indésirables. D'autres défendaient leurs droits. Et tous donnaient leur avis. Les républicains et ceux qui l'étaient moins. Les catholiques et les laïcs. Les élus et les évêques....
Aujourd'hui, les immigrés n'alimentent plus guère les discussions. Est-ce pour autant que leur existence est plus sereine, surtout lorsque leur séjour en France est illégal ? Les expulsions de sans-papiers ont-elles cessé ? L'intégration des immigrés et de leurs enfants progresse-t-elle ? La xénophobie s'est-elle atténuée ?

Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir donner des réponses positives à ces questions. Mais notre vigilance et notre engagement pour le respect des libertés et de l'égalité sont toujours nécessaires afin que la démocratie reste une réalité vivante. D’où l’état des lieux proposé dans ce dossier pour continuer à lutter contre les préjugés et les discriminations dont sont victimes les immigrés.
Jean-Paul Blatz

Les enjeux politiques et éthiques des migrations (interview de Catherine Wihtol de Wendel). Spécialiste des migrations de renom international, cette politologue et enseignante à Sciences Po Paris nous rappelle les enjeux géopolitiques et éthiques des migrations. Leurs causes démographiques, économiques et politiques. Les réactions des pays d'immigration. A quelles conditions les migrations sont-elles bénéfiques pour les migrants et leurs hôtes ?

Politiques d’immigration en France et instrumentalisation des étrangers [Jean-Paul Blatz]. Au niveau économique et politique les migrations sont soumises à des logiques contradictoires. Le libéralisme prône une libre circulation de la main-d'œuvre facilement importable en cas de pénurie et facile à refouler en période de moindre production. Mais les Etats s'en tiennent toujours à un contrôle régalien de l'immigration. Particulièrement renforcé en période de crises. L'immigration devient alors un sujet politique majeur. Certains n'hésitant pas à instrumentaliser les "étrangers" par des discours populistes et xénophobes, dans une optique électoraliste. L’actuel gouvernement de gauche est-il plus respectueux des droits humains que le gouvernement de droite auquel il a succédé ?

Les idées reçues sur les migrations [Françoise Gaudeul]. Il convient d'abord d'invalider les "idées reçues" sur les migrations. Celles affichées par certains politiciens d'extrême droite et colportées sans honte à certains comptoirs de bar. Les immigrés prennent le travail des Français et ruinent la sécurité sociale. Eux et leurs enfants agressent les vieilles dames.... Peut-on répondre à ces amalgames irrationnels entre immigration, chômage et insécurité ? Ne vaut-il pas mieux s'en tenir avec assurance et fermeté à la réalité : les immigrés rapportent plus à la France qu'ils ne lui coûtent ?

L’intégration des immigrés [Lucienne Gouguenheim]. La France refuse le communautarisme. Elle prône l'intégration des nouveaux venus et de leurs enfants. Par le service public et laïc de l'éducation nationale, par la mixité de l'habité, par le travail et la vie associative... Pour quels résultats ? Une intégration qui prend son temps : les constats concernant les conditions de vie sont généralement défavorables aux immigrés, relativement au reste de la population, mais ils le sont moins pour les descendants d’immigrés.

Migrer : un espoir et souvent un drame [Jean-Marie Guion]. Partir pour un avenir meilleur. Un espoir partagé par des millions de personnes dans le monde. Une issue dramatique pour nombre d'entre eux. Un voyage périlleux à la merci de passeurs. Quelquefois un refoulement dès l'arrivée dans un autre pays. Une existence de sans-papiers lorsque de droit d'asile ou une carte de séjour sont refusés. Une situation de plus en plus fréquente. Une situation bloquée dans une Europe qui se veut une forteresse. Seule l'opinion publique pourra faire évoluer la législation actuelle. Par le soutien aux associations, par la participation aux manifestations qui dénoncent le non respect de certains droits humains...

L’étranger qui réside avec nous [Paul Ricœur]. En nous rappelant que la Bible relie l’accueil de l’étranger à la mémoire de l’exil, l’auteur nous invite à découvrir l’étranger en nous-mêmes. Le hasard qui a déterminé ce que nous sommes, la langue que nous parlons ou le lieu où nous nous trouvons, commande l’hospitalité.

De toute tribu, langue, peuple et nation [Jean-Bernard Jolly]. Le Livre de l'Apocalypse constatait déjà la complexité des groupes humains et de leurs rapports à la terre lorsqu'il évoquait les tribus, langues, peuples et nations qui forment l'humanité. Comment définir aujourd'hui les termes : peuple, Etat-Nation, race, ethnie ?... Comment comprendre les attitudes différentes face à l'immigration dans les sociétés contemporaines, certaines étant plus universalistes (recherche de similitudes), d'autres plus différentialistes (mise en évidence des différences) ?


"Les Réseaux des Parvis" n° 57 - mars 2013


Prier et célébrer
Dossier du n° 57 de « Réseaux des Parvis »

Ils naissent au plus profond de l'homme. Ces gémissements et hurlements de douleur. Ces appels à l'aide. Ces quêtes d'amour et de respect. Ces cris d'allégresse et de joie. Comme autant de prières quotidiennes.
Individuelles, elles peuvent être réconfort dans l'épreuve ou encouragement à l'action. Expression d'une satisfaction ou reconnaissance d'un désir réalisé. Elles peuvent aussi être recherche de bonheur personnel ou de réussite professionnelle. Volonté de domination sur l'autre. Ou encore captation magique d'un pouvoir supérieur.
Collective la prière devient ouverture vers l'autre. Elle exige écoute de l'autre. Partage avec l'autre. Respect de l'autre. La prière devient célébration. Lutte commune. Chant de libération. Action de grâce. La prière transcende alors les croyances, les convictions, les cultures. Elle unit dans une même fraternité des femmes et des hommes d'âges et de milieux différents. Elle réconcilie victimes et anciens bourreaux.
Et pour certains la célébration s'accomplit avec et en Lui. Quand quelques-uns partagent le pain et le vin, écoutent la parole de Celui que les croyants appellent Dieu, le Dieu de Jésus-Christ, source de justice, de paix et d'amour.
Sans cesse ressourcée à l'Evangile, la prière est alors prélude à la réflexion et ferment d'action. Elle soutient l'humanisation du monde, dans les relations entre personnes comme dans les échanges sociaux et économiques. C'est pourquoi, aujourd'hui, la prière est toujours d'une nécessaire et brûlante actualité. (Jean-Paul Blatz)

Au plus intime de l'homme, la prière de Dieu (Jean-Marie Kohler)
Prier, n'est-ce pas le propre de tous les hommes ? Depuis la nuit des temps, leurs prières n'expriment-elles pas un désir d'amour et d'infini ? Désir auquel Jésus répond par une invitation à transfigurer l'homme et le monde. Nous assurant que tous les hommes qui rêvent de vivre pleinement leur humanité partagent le rêve et la prière de Dieu, et œuvrent avec lui. Pour que règnent la justice et la paix. - Voir l'article dans Bloc-notes.

Cris... (Albert Hari). Depuis des siècles, des hommes se reconnaissent dans le psalmiste lorsqu'il adresse à Dieu ses cris de détresse, de confiance, de joie... Aujourd'hui encore l'Eglise propose à tous ceux qui le souhaitent de lire - ou de chanter - quotidiennement les psaumes. N'est-ce pas l'occasion pour nous de les relire et de les réécrire, chaque matin, attentifs aux cris de notre époque, ceux des hommes et ceux de la nature ?

La prière dans d'autres religions et en dehors des religions (Jean-Pierre Schmitz). Prendre de la distance. Se retirer. Sortir de soi. Trouver sa véritable liberté et regarder le monde d'une autre façon pour s'engager et agir. N'est-ce pas une manière de prier qui peut nous ouvrir à une communion universelle ?

Ite missa est. Nos petits-enfants iront-ils à la "messe "? (Jean-Paul Blatz)
En Europe, la messe dominicale n'attire plus. Les rites, figés, sont coupés des préoccupations des femmes et des hommes de notre temps. La vie est ailleurs. Dans une communion aux mêmes valeurs. Dans les luttes pour la justice et la paix. Pour cette fraternité nous rendons grâce. En partageant le pain et le vin. En écoutant la parole de Jésus présent parmi nous. Avec toutes les femmes et les hommes qui traversent la vie avec nous.

Célébrer la fraction du pain (Claude Dubois). Le mémorial de la fraction du pain s’inscrit dans la mémoire de pratique prophétique et subversive de Jésus Christ, d’ouverture et d’accueil sans discrimination ni domination. Il ouvre à un devenir communautaire fraternel en même temps que pluriel. C’est à l’ensemble de cette communauté réunie en son nom que Jésus Christ a confié la célébration de la fraction du pain. Les chrétiens d'aujourd'hui sont-ils fidèles à cet enseignement ?

Fraternité de prière dans l'action et le silence (Réjane Harmand). Quand faisons-nous Eglise ? Quand notre prière est ouverture à l'universelle... Quand nous nous réunissons pour célébrer ou agir ensemble en référence aux valeurs évangéliques...

Prier et célébrer autrement dans nos associations (Nicole Palfroy et Françoise Gaudeul). Des groupes membres du Réseau du Parvis partagent avec nous leur joie de célébrer. En sœurs et frères. Avec Jésus, le Christ. Nous vous invitons à les écouter. Non pas pour les admirer - au moment où les célébrations dans les églises sont souvent tristes et impersonnelles. Mais pour les imiter. Pour créer à votre tour des liturgies vécues, vivantes et vivifiantes. Et de nous en faire part si vous le souhaitez. Pour un nouveau partage.

Évangéliques, charismatiques... (Jean-Bernard Jolly). Comment des courants nés dans la contestation des institutions chrétiennes ont-ils pu être récupérés par les acteurs les plus conservateurs de la société et des Eglises ? Qui a, aujourd'hui, intérêt au développement des mouvements évangéliques et charismatiques ?


"Les Réseaux des Parvis" n° 56 - décembre 2012


Sommaire des articles du dossier
"Rompre l'enfermement"

Notre société enferme tous ceux dont elle estime à tort ou à raison devoir se protéger ; les lois sécuritaires se succèdent, nos prisons sont surpeuplées, des frontières s’érigent… Ce dossier, présenté ci-après, est fait de témoignages d’acteurs qui décrivent des pistes - aussi ténues soient-elles - de sortie de situations d’enfermement. Il illustre la force de vie qui anime la résistance obstinée à ce que l’on estime inacceptable.
Il ne se veut pas exhaustif : bien d’autres formes d’enfermement pourraient être abordées, comme par exemple celui que provoque la misère.
Les conditions souvent dramatiques des migrations feront l’objet d’un prochain dossier. Ce thème est simplement abordé ici à partir des Centres de Rétention Administrative qui sont une forme particulière d’emprisonnement, plus cruelle, moins protégée par la loi, que la prison elle-même.
Lucienne Gouguenheim

Plaidoyer pour un soin éthique de la folie par Bernadette Roy-Jacquey et Martine Charlery (médecins psychiatres)
La maladie mentale est une des formes d’enfermement les plus cruelles :
- enfermement en soi-même ;
- enfermement dans le regard porté par autrui ;
- enfermement par l’organisation des prises en charge hospitalières, avec, sous le dernier quinquennat, un passage inquiétant de l’ancienne politique de « secteur » à une politique maxi sécuritaire.
Parler de « L’enfermement et sortir de l’enfermement » lorsqu’il s’agit de malades mentaux, c’est aller du plus intime de la souffrance d’un sujet au plus public de la politique sanitaire d’un État à l’égard de la folie et de la place qui lui est reconnue.
Quand cette place est déniée, c’est l’humain qui est en danger, la barbarie n’est pas loin… La surmortalité dans les hôpitaux psychiatriques français pendant la Seconde Guerre mondiale en a constitué un signe inquiétant.
Nous avons pris le parti, pour cette contribution à la revue Parvis, qui est toujours au plus près de l’actualité sociale et politique, de fixer l’objectif sur la question des lois sécuritaires qui régissent les hospitalisations sous contrainte, lois dont l’application est dénoncée.

N’ayons jamais honte d’être différents (Michel Deheunynck)
Depuis quelques mois, je suis prêtre accompagnateur dans une équipe d’aumônerie au service de personnes hospitalisées en secteurs psychiatriques : un monde d’exclusion et de captivité, un monde qui fait peur ; mais un monde qui, ne faisant partie ni des bien-pensants ni des bien-comme-il-faut, a tant à nous apprendre.
Non productives dans notre société marchande, ces personnes sont plutôt bien placées pour nous rappeler une valeur essentielle : celle de notre humanité.
Libérées des tabous, des bonnes convenances, du bien se tenir, elles nous font comprendre que le vivre ensemble se joue d’abord dans l’authenticité intérieure, aussi perturbé que soit cet « intérieur » ; que le sens de cette vie qui leur échappe est prioritaire sur la façon de vivre ; que le partage n’est pas seulement une affaire de générosité individuelle, si difficile à mettre en œuvre quand on a tant perdu de soi-même, mais une intuition que les ressources de la vie ont vocation à être partagées dans une communauté de destin.
Personnellement, à leur école, j’ai déjà dû et pu vivre certains dépassements et vaincre certaines résistances.

L’enfermement carcéral aujourd’hui (Nicole Palfroy)
Dans le climat souvent sordide qui règne dans les prisons et surtout les maisons d’arrêt (la promiscuité, cause de manque d’hygiène, de bruit, de disputes, engendre la violence et les dépressions qui vont souvent jusqu’aux automutilations et aux suicides - 1 tous les 3 jours, 3 tentatives par jour, en moyenne), les relations avec l’extérieur sont essentielles : elles sont assurées sous de multiples formes, par les aumôneries ou les organismes divers qui sont à la fois à l’écoute des personnes incarcérées et de leurs familles et qui œuvrent aussi pour une prison visant la reconstruction de l’humain ; ils demandent également que soient substituées d’autres sanctions à celle de la prison qui détruit l’être humain plus qu’elle ne le prépare à une réinsertion dans le monde. La prison n’étant pas le remède absolu au mal-être social, la solution n’est pas dans la multiplication de places en détention, mais dans des mesures alternatives à l’incarcération ou d’aménagement de la peine, comme le travail d’intérêt général, le sursis avec mise à l’épreuve, l’ajournement du prononcé de la peine avec obligation de réparer les dommages faits à la victime, la semi-liberté, la liberté conditionnelle, la surveillance à distance avec le bracelet électronique. Ces mesures se développent d’ailleurs depuis quelques années.
On suit avec intérêt les projets de l’actuelle ministre de la Justice qui vont dans ce sens.

Tentatives d’évasion (Huguette Charrier)
Une lettre pleine de soleil : X sort de prison la semaine prochaine. Il a purgé sa peine, passé son bac ; j’étais alors membre d’Auxilia comme professeur de philo et c’est à ce titre que je l’ai accompagné. Chaque quinzaine, un devoir et une lettre personnelle. Récemment je lui ai proposé de dessiner la « Caverne » évoquée par Platon, au Livre VI de La République. Non sans arrière-pensée. Il s’est, comme naturellement, approprié la douloureuse marche du prisonnier vers la lumière du jour, du domaine des ombres vers un Réel qui prend du sens.
C’est bien ce qu’ils font tous, enfermés qu’ils sont sans jouir pour autant d’une solitude où ils pourraient penser, se retrouver tels qu’en eux-mêmes. Un espace clos mais peuplé, comme peut l’être une ville encerclée, en état de siège, sous tension. Mais ici la peine est multiforme et si destructrice qu’on ne peut survivre en ces lieux que si l’on tente d’en sortir ; depuis le projet d’évasion (on trouve toujours des complices, à l’intérieur comme à l’extérieur) jusqu’à l’évasion de l’esprit : on prépare un diplôme, on apprend une langue étrangère, on participe aux activités ponctuelles, ateliers d’écriture, sport, et même conversion religieuse, office religieux, prière, il n’est pas jusqu’à la messe catholique qui ne devienne attrayante.

Accueil des familles dans une centrale (Claude Dubois)
Pendant 18 ans j’ai participé à l’accueil des familles des détenus d’une centrale. Cette centrale a été une des premières à bénéficier d’un accueil des familles, initiative d’un couple ému par la longue file d’attente sur le trottoir, debout, par tous les temps, exposée au regard des « honnêtes gens ». Être proche ou famille d’un condamné vous enferme souvent, aux yeux des autres, dans la catégorie des complices et vous revêt d’un habit de honte.
Chacun arrive avec sa souffrance, souvent celle d’un quotidien difficile, d’une vie brisée, à laquelle s’ajoute un poids d’angoisse, celle d’ignorer dans quel état d’esprit sera celui qu’ils viennent visiter. Sera-t-il déprimé, revendicateur, possessif, jaloux, violent, anéanti ?
À nous d’écouter toutes ces attentes et ces craintes, leur permettre de se libérer par la parole. Souvent certains nous ont dit : « votre présence, votre accueil m’ont permis de tenir… À vos yeux nous sommes quelqu’un ».

C’est la nuit qu’il fait soleil (Françoise Gaudeul)
« C’est la nuit qu’il fait soleil » est le titre, un peu provocateur, d’une vidéo réalisée avec l’équipe d’aumônerie, un professionnel de la vidéo et Anne, Dominique, Liliane etc. qui sont détenues et passent Noël derrière les barreaux. Une réalisation très profonde vécue il y a quelques années, qui rassemble brièvement tous les sentiments, les émotions, les paroles fortes que ces femmes ont exprimés et partagés entre elles et avec nous : colère, haine, attente, remords, fraternité, entraide... et en final un peu d’espérance évoquée ainsi : "Tout le monde peut refaire sa vie, tout amour refleurit un jour, tout chemin a son destin, c’est la nuit que l’espoir renaît."
Dans le couloir central de la prison se déroule ce jour comme une pièce de théâtre : « Une nuit j’ai été enfermée » clame une première femme pendant qu’une cage était symbolisée avec tous leurs bras. Une vue générale sur les portes, les cadenas, les verrous, puis les surveillants marchant dans les cursives, puis le grand filet séparant le rez-de-chaussée du premier étage... Par la suite tout est symbole : les mains attachées, les loups sur les visages, les bâtons portés parallèles en vertical et en horizontal pour signifier les barreaux, les danses de foulards, le poster d’une tête de mort avec un canotier et une croix toute simple...

« Il faut que les gens dehors sachent ce qui se passe ici. » (Jean et Annick Lanoë)
C’est un jeune Malien à qui je rends visite au Centre de Rétention Administrative (CRA) du Mesnil Amelot qui s’exprime ainsi. En France depuis 2000, il a été arrêté à sa descente du RER dans une gare de Seine-et-Marne alors que, comme chaque matin, il se rendait à son travail. Il ne semble pas réaliser ce qui lui arrive. Il ne comprend pas, il est perdu, envahi par l’angoisse.
Le CRA du Mesnil Amelot est une véritable prison avec double enceinte de barbelés, caméras de surveillance, où le visiteur est contrôlé corporellement et reste sous le regard des policiers durant l’entretien au parloir avec un retenu.
L’Observatoire citoyen de la rétention 77 a été créé à l’initiative de plusieurs associations (Cimade, RESF, la LD H, Turbulences et les Cercles de Silence du 77) avec 3 objectifs :
- exercer une plus grande vigilance sur les conditions de rétention en CRA , au moyen de visites régulières de retenus dans le but de les soutenir et de recueillir leurs témoignages ;
- assurer une présence régulière lors des audiences au tribunal pour collecter des
informations sur les pratiques des juges devant lesquels passent les retenus et soutenir ceux-ci ;
- témoigner et faire circuler l’information auprès de la population.
C’est dans le cadre de cet observatoire que nous rapportons les faits et situations qui suivent.

Cheminer avec les enfants rejetés, promesse d’humanisation réciproque (Bruno Kohler, directeur d’un Établissement Éducatif et Pédagogique)
Aussi singulier qu’ait été le vécu de chacun, ils ont en commun de n’avoir guère été considérés comme des sujets. Leur avenir confisqué, ils sont livrés à l’arbitraire d’une mort sociale sans pitié. Pour ne pas sombrer dans les abîmes du désespoir, ils adoptent des attitudes empruntées. Mais les uns comme les autres ne sont que des enfants dont la trop précoce adolescence a défait les amarres qui les retenaient à la vie. Tels des suppliciés, torturés par d’irrémédiables carences maternelles, ils sont tiraillés entre attachement fusionnel et bannissement. Ils luttent solitaires et désarmés contre vents et marées.
Tragique est leur perdition. Et pourtant, subsiste en eux une divine et immuable présence qui les fait espérer en une providentielle étoile. En prenant la peine de se pencher sur leurs juvéniles visages vieillis, on peut encore déceler l’ombre d’un sourire, discerner dans un regard dérobé l’empreinte d’un fragile désir, et percevoir dans le silence de leurs coeurs meurtris d’instantes prières conjurant le sort. Leur espérance en l’amour, même altérée par tant de défections, laisse entendre la mélodie d’une musique mélancolique, celle de l’ineffable tendresse d’une affection originelle.
Sensible à leurs tribulations, la société veut se montrer clémente par acquit de conscience. À l’impérative condition qu’ils se rangent. Pour mériter le respect, qu’ils se transforment en bons citoyens, autonomes, responsables et acteurs de leurs projets. Des injonctions contradictoires les somment de s’intégrer sans que leur soit accordé le minimum leur signifiant qu’ils sont tant soit peu acceptés. Mission impossible, qui les enferme dans leurs conduites jugées malsaines.


"Les Réseaux des Parvis" n° 55 - septembre 2012


Sommaire des articles du dossier

Ce dossier s’inscrit dans l’exigence de penser, dire, vivre et transmettre la foi dans le contexte contemporain. Comme nous le rappelle le théologien Joseph Moingt : « La foi ne peut se vivre sans se dire ; et elle ne peut se dire en répétant les anciens discours (…) elle doit se retirer d’un langage vieilli et devenu inadéquat pour faire face à de nouvelles interrogations et préoccupations sans du tout se retirer de la tradition vivante qui l’a portée jusqu’à nous.
La foi cesserait vite d’être croyable aux croyants eux-mêmes, pour peu qu’ils y réfléchissent, du jour où elle ne leur paraîtrait plus pensable, et elle cesserait d’être pensable par eux sitôt qu’elle ne pourrait plus se dire entre tous ceux qui partagent, à défaut des mêmes croyances, la même culture et rationalité, un même langage de communication. Un signal de la non communicabilité de la foi est déjà donné, quand les chrétiens se sentent incapables de la soumettre, rien qu’entre eux, aux interrogations de notre temps et ne savent plus que la chanter ou la crier… » (« Dieu qui vient à l’homme », p.1155-1156).
Voici une courte présentation des articles proposés.

- Et Dieu s’est fait homme (Jean-Marie Kohler)
L’être humain est voué à croire : l’enfant doit se fier à son entourage pour grandir, l’adulte ne peut assumer son quotidien et nourrir ses espérances qu’en se fiant à ses semblables. Refuser la confiance originelle tissée d’héritage, de soin réciproque et de projets condamne à la mort et au néant. Mais il ne s’agit pas de croire n’importe quoi. Pour s’incarner avec bonheur dans le vécu des hommes, la foi doit être pensable à partir de ce vécu de manière à pouvoir être partagée et transmise. Elle appelle l’intelligence, et leur union porte les paroles reçues vers un avenir inédit. Ainsi l’homme peut-il progresser de croyance en croyance et de savoir en savoir, précieuses étapes à franchir sans s’y attarder. C’est seulement en avançant de la sorte, dans le mouvement et non dans le confort des arrêts qui engluent, que se révèlent « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14, 6), la voie de la liberté et de l’accomplissement.

L’incroyable incarnation de Dieu dans l’humanité est-elle fantasme ou réalité, duperie ou vérité ? L’esprit critique a bien entendu un rôle décisif à jouer pour explorer cette question. Mais le « vrai ou faux » de l'alternative rationaliste ne permet pas de sonder le fond des choses et de trancher là où la vie de l’homme et le sens du monde sont en jeu. La rationalité ne donne accès qu’au seuil de l’univers que révèlent les poètes, les artistes et les mystiques, témoins de l’incommensurable réalité. La raison a besoin d’être éclairée par l’intelligence du cœur qui, riche du patrimoine affectif et symbolique des générations passées, réinterprète sans cesse la parole fondatrice pour l’enrichir au fil de la vie. La question de l’incarnation de Dieu ne se résout ni dans un déni ni dans tel ou tel énoncé dogmatique qui restreint et réifie, elle nous façonne au plus profond de nous-mêmes en nous ouvrant à l’infini qui est notre vocation.

- « Sciences sacrées » - Le conflit toujours ouvert de la foi biblique avec la science grecque (Jean-Bernard Jolly)
Autour de 600 av. J.C. sont apparus dans le monde méditerranéen deux faits de grande portée historique, que l'on peut désigner en bref comme la science et la foi. Ils affectent l'intimité des individus aussi bien que les expressions de la culture. Leurs rapports sont complexes et souvent la foi a tenté de réduire la science, comme la science de nier la foi. L'une pourtant ne va pas sans l'autre, au long de toute l'histoire occidentale.
L’article dresse un panorama des étapes de leurs relations difficiles : conversion de Constantin, influence d’Augustin, ruptures successives de la Renaissance puis de la Réforme, crise moderniste, retournements apportés par Pie XII, puis par Vatican II…
Aujourd’hui sont revenus les temps de la crispation et du soupçon, en une fracture comparable à celle du concile, mais en sens inverse. Apparaît alors ici un champ crucial de recherche, indissociable d'un engagement militant : qu'est-ce qui promeut de manière insidieuse le fondamentalisme religieux dans nos sociétés chrétiennes, et aussi bien dans les monothéismes juif et musulman, en s'appuyant simultanément sur des politiques fascisantes ? Les responsables religieux ont évidemment leur part dans ces évolutions inquiétantes. Mais l'impression est forte que le phénomène, comme beaucoup d'autres, leur échappe largement. Aux chercheurs en sciences religieuses et sociales, mais surtout aux croyants et aux citoyens en tant que militants de ne pas se dérober.

- Penser le monde, penser la foi (Lucienne Gouguenheim)
La grande aventure intellectuelle de la fin du 20ème siècle aura été une nouvelle perception de la complexité et de la façon de l’appréhender. Complexité du cosmos, des organismes vivants, des sociétés humaines…
L’étude de l’évolution des astres qui le peuplent et de l’Univers lui-même met en évidence l’universalité et la prégnance de ce phénomène, qui disqualifie toute vision fixiste et donne aussi accès à la façon de penser la complexité. L’Univers existe en lui-même, avec des propriétés qui lui sont propres, tout en étant constitué d’éléments ayant chacun leurs propriétés spécifiques et qui interagissent entre eux : il constitue un système. Il est nécessaire de connaître l’ensemble des éléments qui le constituent pour comprendre son fonctionnement et celui de ses constituants.
Dans une telle situation, le schéma ancien selon lequel un problème peut être compris et traité en le considérant comme isolé, ou qui imagine l’avenir en extrapolant le présent, s’avère inefficace. Quand nous isolons un problème pour l’étudier, sans tenir compte du fait qu’il fait partie d’un système et sans commencer par analyser le système lui-même, nous risquons de nous priver de la connaissance de ce qui permettrait de le résoudre. « Si nous ne changeons pas notre façon de penser, nous ne serons pas capables de résoudre les problèmes que nous créons avec nos modes actuels de pensée » disait Albert Einstein.

- La Process Theology, un essai pour dire Dieu aujourd’hui (Claude Dubois)
La théologie du « process » est une tentative pour comprendre le rôle de Dieu dans une création que nous avons découvert en constante évolution. Ce courant de pensée d’abord philosophique est né au début du 20ème siècle aux Etats Unis au sein du protestantisme libéral à partir des travaux du mathématicien et philosophe Withehead.
Au sein d’un monde où désormais toutes choses nous apparaissent en cours de changement et en interaction, Dieu participe lui même à ce flux de transformation et de relation. Il en est à la fois à l’origine et l’accompagne dans son évolution, auteur et acteur de ce processus, c’est ce que la théologie du process appelle la « nature primordiale » de Dieu ; et ce qui est plus révolutionnaire, Il est objet lui-même de ce processus, c’est « sa nature conséquente ». Parce qu’Il s’implique en permanence dans le cours du monde sans y être dilué, Dieu est lui-même transformé par ce qui arrive dans sa création. Dieu a besoin de nous pour, à chaque stade de l’évolution, faire advenir la vie du chaos. Il est tributaire de nos décisions.

- Croyants aujourd'hui, comment faire Eglise ? une histoire de libération (Michel Deheunynck)
Réactualiser les deux spécificités contextuelles du message de libération de Jésus
- Que cette libération n'est pas attribuée au mérite ni aux plus vertueux, ni aux plus pieux ; elle est destinée à toute l'humanité. Mais cette visée universelle suppose la levée préalable et radicale de toute forme d'asservissement et de captivité, de soumission et d'oppression, mais aussi d'humiliation et de résignation, de honte et de peur. Cette émancipation est incontournable pour la dignité de tous : victimes et prédateurs.
- Que cette libération s'opère au coeur même de la vie, de ses défis, de ses conflits, à distance des dispositifs religieusement institués et parfois en contradiction avec eux : cette libération évangélique est une libération laïque ! ...

- Notre foi en actes (Bernard Jarry et le groupe Partenia 77)
Il n’y a pas dans nos vies de croyants deux registres séparés qui seraient celui du religieux et celui du monde. Nous nous accordons sur une théologie qui met l’humain au centre : c'est là que nous rencontrons Dieu, c’est ce que signifie l’incarnation. L’évangile nous montre que toute démarche de foi part du vécu. Elle ne se limite pas à de bonnes paroles ou des rappels de listes de valeurs, elle implique des actes qui engagent. Et c’est la démarche que nous voulons suivre ; démarche qui n’est pas seulement individuelle mais celle de notre communauté croyante, celle que nous formons ensemble.
Dans la mouvance de Partenia, nous avons vocation à rejoindre les plus fragilisés socialement. Qui sont-ils ? Comment les rencontrons-nous ? Qu’apportent-ils à l’humanité qui est en nous et à notre foi ? A notre manière de l’exprimer ? Notre foi est d’abord relation. C’est notre façon de répondre au titre du dossier « Croire aujourd’hui ».

- Prier d'une façon digne de l'homme et digne de Dieu – réflexions inspirées de la lecture de Jacques Musset : Etre chrétien dans la modernité (ed. Golias) (Nicole Palfroy)
Les demandes à Dieu de résoudre les fléaux ou problèmes de l’humanité dans les « prières universelles » ou les prières individuelles des fidèles pour des faveurs exceptionnelles font à Dieu l’injure de le prendre pour un magicien tout-puissant qui accorderait arbitrairement ses dons. C’est aussi une démission du chrétien devant la réalité incontournable du malheur, de la mort, de la misère, qui confie à Dieu de résoudre ces problèmes qui sont étrangers à sa nature spirituelle et qui relèvent de la volonté et la solidarité de l’homme vis-à-vis d’autrui. Ce n’est pas Dieu qui va modifier nos comportements égoïstes ou orgueilleux, c’est nous-mêmes, par un lent travail sur soi, dans la foi en Dieu.
Ce n’est pas parce que la science l’a « dépossédé de ses traditionnelles prérogatives » que Dieu ne reste pas ce mystère indicible au plus profond de nous-mêmes, malgré toute la maîtrise acquise sur la nature dans de multiples domaines.

- Est-il encore possible de transmettre la foi ? (Françoise Gaudeul)
Transmettre quoi ? La bonté radicale, à transmettre à tous et en particulier à celui qui se présente à l’improviste sur notre route. « L’Evangile n’entre jamais par effraction dans nos vies mais en douceur ».
Transmettre comment ? « Jésus nous apprend qu’il n’y a pas de vie humaine sans confiance » Et en premier « confiance en la Vie ». L’Eglise peuple de Dieu (par différence avec l’Eglise hiérarchique), est le lieu où ces passeurs, présences d’Evangile, se découvrent selon l’infinie variété des talents des uns et des autres au profit de tous. Jésus le galiléen est le premier et ils sont très nombreux à sa suite, connus ou méconnus : Miguel Angel Estrella, Rigoberta Menchu, les moines de Tibhirrine, sœurs Léonie et Alice, etc.
Transmettre pourquoi ? La transmission est comme le partage de la mystérieuse énergie évangélique au sein de notre société où il y a un besoin urgent de « foi » en l’avenir.


"Les Réseaux des Parvis" n° 54 - juin 2012


"Les Réseaux des Parvis" n° 53 - mars 2012


"Les Réseaux des Parvis" n° 52 - décembre 2011


"Les Réseaux des Parvis" n° 51 - septembre 2011

 
 
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